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Malgré les archives familiales importantes, conservées
dans sa bibliothèque, l'origine exacte du château d'Agel Hérault est très mal
connue.
Il faisait partie, ainsi qu'en témoignent ses enceinte
successives de remparts et les traces de son pont-levis, des châteaux forts
qui, accrochés aux pitons rocheux des Corbières et aux derniers contreforts de
la montagne noire, devaient prolonger la résistance des seigneurs vassaux du
comte de Toulouse au moment de la croisade des albigeois.
Effectivement, dans les chroniques du temps, le
château d'Agel est qualifiée de "derniers bastions du pays bas".
La liste de ses propriétaires, qui ont subi de
nombreuses vicissitudes guerrières, n'est parvenue à nous que de façon très
incomplète.
La pièce la plus ancienne qui ait été conservée nous
permet d'apprendre qu'en l'an 1100, il appartient à Bernarde, seigneur d'Agel,
de Minerve et Cazelles. Il nous faut attendre ensuite le début du XII ème
siècle pour entendre à nouveau parler des seigneurs d'Agel, mais, cette fois,
dans des circonstances dramatiques.
En effet, au cours du XII ème siècle,
l'hérésie des Cathares ou albigeois se répandit dans tout le midi de la France,
en particulier dans le comté de Toulouse et l'ensemble du Languedoc. Devant
l'extension de cette hérésie, qui voulait ramener L'église à sa pureté
primitive et avait de ce fait des idées sociales très démocratiques, le Pape
est Innocent III, réunit un concile en 1176 et envoya dans le midi de grands
prédicateurs comme saint Bernard et saint Dominique, pendant qu'il chargeait
d'une mission d'enquête et de répression un légat: Pierre de Castelnau.
L'assassinat de ce dernier en 1208, détermina le Pape a décréter une croisade
qui fut confiée aux "Barons du Nord", qui nourrissaient déjà une
sourde hostilité mêlée d'envie contre le midi et sa civilisation.
Cette croisade, dirigée par Simon de Montfort,
entreprit la conquête du Languedoc avec une sauvagerie exceptionnelle.
Le 22 juillet 1209, Béziers fut mis à sac et toute la
population femmes et enfants compris, passés au fil de l'épée. Narbonne, qui
comprenait peu d'hérétiques fut épargnée, mais Carcassonne tombait le 15 août
1209.
S'il contrôlait les grandes cités, Simon de Montfort
n'était pas encore maître du pays. Les vassaux de Raymond de Toulouse, qui
avaient pu s'enfuir de Carcassonne, s'étaient réfugiés dans leurs châteaux,
dans les Corbières et au pied de la montagne noire. Ils refusèrent de se
soumettre au vainqueur, et de leurs forteresses, lancèrent à tout moment des
attaques, pratiquant la guerre d'embuscade et les coups de mains.
La guerre des châteaux" allait commencer.
Parmi ces seigneurs se trouvait le Guiraud de Pépieux,
seigneur d'Aigues-Vives et d'Agel. Le château d'Agel, commandait la vallée de
la Cesse, voie de pénétration vers Minerve qui, après la prise de Carcassonne,
constituait avec Monségur, le principal point d'appui des Cathares.
Guiraud de Pépieux, s'était emparé avec surprise du
château de Puisserguier. Simon de Montfort engagea Aymeri, vicomte de Narbonne,
à faire le siège de ce château, mais Guiraud s'enfuit pendant la nuit à
Minerve, en emmenant deux chevaliers français qu'il tenait prisonniers. Arrivé
à Minerve il renvoya les deux hommes à Simon de Montfort, non sans leur avoir
fait arracher les yeux, couper le nez, les oreilles et la lèvre supérieure.
Simon de Montfort se dirigea alors sur Minerve, dont
il entreprit le siège le 24 juin 1210. Au passage, il avait brûlé le château
d'Agel pour se venger de Guiraud de
Pépieux. Minerve devait tomber le 22 juillet 1210 : 180 Cathares qui se
trouvaient dans la forteresse, se précipitèrent eux-mêmes dans un bûcher.
Le traité de Paris, en 1220, en rattachant le
Languedoc à la France mis fin à ces luttes sanglantes et les Pépieux qui
avaient échappé au massacre, purent restaurer le château. Nous retrouvons en
effet en 1300, un Guillaume de Pépieux cité dans les actes anciens en qualité
de Seigneur d'Aigues-Vives et d'Agel.
Par la suite, les actes d'Agel permettent de
reconstituer ainsi la liste des seigneurs successifs d'Agel :
- En 1304, Bernard d'Auriac et Guillaume de Molini
seigneurs d'Agel.
- En 1352 Bernard de Maureilhan, en est le seigneur
direct.
- En 1385, Bernard Randulphe, seigneur de Ventenac.
- En 1389, Pierre de Bongigosis, puis Bernard de
haupoul.
- En 1413, Bernard d'Auriac, puis Bernard d'Aimard, d'Aigues-Vives
de cavalerine.
- En 1432, Gabriel et de Verseilles, seigneur de Bise,
achète le fief d'Agel à Bernard de Corsons.
- En 1494, en trouve Bernard de Corsery, Seigneur d'Agel,
de Cesseras et de Bise.
- En 1511, Johan de Murviel de saint Maurice.
- En 1543, Pierre et Simon de Beauxhostes achètent à
leur tour le fief d'Agel.
Les Beauxhostes tenaient leurs armes (deux mains entrelacées
surmontées d'une couronne) de Philippe le Bel, dans les circonstances suivantes
: Jean de Beauxhostes, d'origine anglaise, s'étaient mis en 1270 au service du
roi de France. S'étant distinguée à la bataille de Furnes en 1270, Philippe le
Bel lui dit : "je vous donne la main qui est le gage de la foi que vous et
les vôtres aurez pour nous et nos descendants." Ces mains entrelacées
figurent depuis dans le blason du château d'Agel et sont gravées en particulier
sur le manteau de la cheminée monumentale de la salle à manger.
De 1543 à 1530, le château reste dans la famille de Beauxhostes.
En 1764, il fut vendu à Jean d'Augier, Viguier de Narbonne et devint par voie
successorale la propriété de la famille Écal en 1880
Le château lui-même a subi au cours des siècles, à la
suite de l'assaut des guerres et de l'incendie, de nombreuses transformations
réalisées par ses possesseurs de par le style de l'époque.
C'est ainsi qu'aux sombres ouvertures du château
fortifié du 12 ème siècle succédèrent les agréables fenêtres de la Renaissance
complétées sur le faite par un couronnement de balustres et de chapiteaux
correspondant à un aménagement intérieur confortable.
Au XVII siècle, les embrasures Renaissance furent à
leur tour remplacées sur la façade principale par de larges baies à petits
carreaux dans le style de Trianon.
Le XIX siècle apporta des aménagements intérieurs
dépourvu de goût et qui, par leur souci de confort bourgeois, dénaturaient
l'ordonnance des salles.
Quant au XX siècle, sa première
moitié assista à la lente décrépitude de l'immeuble et de
ses dépendances, l'aile nord en particulier, tombait littéralement
en ruine jusqu'au moment où ses propriétaires Messieurs
Écal frères, entreprirent, grâce à un effort persévérant
qui exigea la mise en oeuvre de moyens considérables, la
remise en état systématique du château et des jardins à
l'italienne qui l'entouraient, afin de redonner ainsi le
cachet qui fut le sien dans le cadre immuable qui, par sa
lumière et sa végétation rappelle un peu la Toscane. L'actuelle
propriétaire Martine Écal Besse fait revivre
le château grâce à ses chambres d'hotes
et accueilles diverses manifestations ouvertes au public.
Site Internet: www.chateaudagel.fr
La rivière, la Cesse, qui
s'est taillé son lit dans les calcaires des monts du Minervois
; l'enlace dans ses boucles qui semble le cacher jalousement
pour préserver à ceux-là seuls, qui se plaisent à revivre
avec lui, dans le calme et la douceur de la lumière méridionale,
l'histoire de cette civilisation Languedocienne qui rayonnait
de tous ses feux il y a sept siècles et qui n'a disparu
que pour vivifier, en l'humanisant, la rude civilisation
franque des "Barons du Nord".
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